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:- Vous pouvez l'emmener, rpta le colonel, et ils continurent leur promenade. 
:- Charm de vous tre utile, mon garon, dit le colonel en lui faisant un signe de tte amical. 
:- Est-ce que vous avez t  Waterloo ? Vous tes bien jeune. 
:- Peut-tre avez-vous t prisonnier en Angleterre ? demanda le colonel. 
:Et il essaya de faire entrer la pice d'or dans la main ferme que le jeune homme appuyait sur le bord de la yole. 
:- C'tait mon pre. Il tait alors major au 18e, et fut fait colonel pour sa conduite dans cette triste journe. 
:- Non, colonel, dit le jeune homme plissant lgrement. 
:- C'est trs joli, dit-elle en billant. Pardon, mon pre, j'ai un peu mal  la tte, je vais descendre dans ma chambre. 
:- C'est hier  Marseille, rpondit miss Lydia avec empressement, que le patron de la golette s'est servi de ce mot. 
:- Mais, dit miss Lydia, c'tait pour sauver son mari, c'tait par amour pour lui, qu'elle allait demander sa grce aux Gnois. 
:- Demander sa grce, c'tait l'avilir ! s'cria Orso. 
:Miss Lydia lui jeta un regard plein de dignit, et, s'adressant au matelot, lui demanda quand la golette arriverait au port. 
:- Je voudrais dj voir Ajaccio, car ce navire m'excde. 
:- J'ai eu l'honneur de connatre monsieur votre pre. 
:Le prfet garda le silence ; mais, un moment aprs, entendant Orso adresser au colonel quelques mots en anglais : 
:- Vous avez t trop longtemps dans l'arme franaise, pour ne pas devenir tout  fait Franais, je n'en doute pas, monsieur. 
:Il pronona ces derniers mots avec une emphase marque. 
:- Pensez-vous, monsieur le prfet, qu'un Corse, pour tre homme d'honneur, ait besoin de servir dans l'arme franaise ? 
:- Mon Dieu ! vous m'effrayez. Si vous saviez lire dans ma pense, je ne sais si je devrais en tre content ou afflig... 
:- Vous tes, dit-elle d'une voix mue, Orso Antonio della Rebbia ? Moi, je suis Colomba. 
:En rentrant dans le salon, elle s'arrta devant les fusils du colonel, que les chasseurs venaient de dposer dans un coin. 
:- Que cela est beau ! s'cria-t-elle. Qui a fait cela, mon frre ? 
:Orso fut un peu dconcert, et miss Lydia rpondit en souriant que c'tat un pote florentin mort depuis plusieurs sicles. 
:- Miss Lydia... dit Orso aprs un silence assez long pour tre devenu embarrassant ; franchement, que pensez-vous de ma soeur ? 
:- Eh bien ! quoi de si terrible dans ces paroles ? Avez-vous donc tant de prtentions  tre un adroit chasseur ? 
:- Papa, dit-elle, laissez l ces pauvres oiseaux, et venez avec nous faire de la posie dans la grotte de Napolon. 
:- Ce doit tre un bon parti, disait-elle. Son pre a, comme il semble, beaucoup d'amiti pour vous... 
:Orso rpondit froidement que son fusil tait anglais et portait le plomb trs loin. On s'embrassa, et chacun continua sa route. 
:- Brave coeur ! dit tout bas Colomba... Mon pre, tu seras veng ! 
:- Je vais te donner un pain pour lui et de la poudre. Dis-lui qu'il la mnage, elle est chre. 
:- Colomba, dit Orso en franais,  qui donc fais-tu ainsi la charit ? 
:-  un pauvre bandit de ce village, rpondit Colomba dans la mme langue. Cette petite est sa nice. 
:- Il ne faut pas tre pris au dpourvu, Ors' Anton'. Vous avez oubli votre pays et les gens qui vous entourent. 
:- Orso, dit-elle, c'est ici - que notre pre est mort. Prions pour son me, mon frre ! 
:- Orso, mon frre ! cria-t-elle en se prcipitant dans ses bras et l'treignant avec force, Orso ! tu le vengeras ! 
:- Que chantes-tu l, petite ? dit Orso d'un toi de colre, en paraissant tout  coup. 
:- Et si tu trouvais quelque chasseur affam qui voult dner  tes dpens et te prendre tes provisions ? 
:- Non, mon oncle, c'est la meunire qui m'a donn cela pour vous et une couverture pour maman. 
:- Quelle cause a donc priv l'glise de vos lumires ? demanda Orso. 
:- En effet, cela tait embarrassant. Que ftes-vous ? 
:- Ce sont de ces cas o il faut en venir  la pierre  fusil (1). -- (1) La scaglia, expression trs usite. 
:Jusque l, le bandit s'tait exprim en italien ; il poursuivit en franais : 
:- Ah ! cur, dit Brandolaccio, je t'envie ce coup de fusil-l. Tu as d bien rire ? 
:Mais, avant de partir, il avait mis l'argent dans la besace du bandit sans qu'il s'en ft aperu. 
:- Mon frre, j'ai promis. C'est la coutume ici, vous le savez, et, je vous le rpte, il n'y a que moi pour improviser. 
:Colomba fit un signe de tte ngatif. Elle avait repris son calme habituel et fixait des yeux ardents sur le prfet. 
:- Qui ? s'cria Colomba s'avanant vers le prfet. 
:- Tomaso Bianchi est un fourbe. Il ne sera pas condamn, ou il s'chappera de prison, j'en suis sre. 
:Orso, aprs quelques paroles pour excuser Colomba, rpta qu'il croyait maintenant que Tomaso tait le seul coupable. 
:- Non, mon frre, vous n'irez point, ou je quitterai cette maison, et vous ne me reverrez plus... Orso, ayez piti de moi. 
:- Je suis dsol, dit le prfet, de voir mademoiselle della Rebbia si peu raisonnable. Vous la convaincrez, j'en suis sr. 
:Il entrouvrit la porte et s'arrta, paraissant attendre qu'Orso le suivt. 
:- La nuit porte conseil, dit le prfet, en se retirant, j'espre que demain toutes vos irrsolutions auront cess. 
:- Savria, s'cria Colomba, prends la lanterne et accompagne monsieur le prfet. Il te remettra une lettre pour mon frre. 
:- Vous m'avez donn jusqu' demain, rpondit-elle. J'ai bien peu de temps, mais j'espre encore. 
:- Si vous aviez demeur ailleurs, monsieur le prfet, dit-elle, mon frre serait all ds hier vous prsenter ses respects. 
:- Pourtant, dit le prfet, ce Tomaso reconnat qu'il a crit la lettre..., cela est clair. 
:- C'est faux, s'crirent  la fois les deux frres. 
:- En voil une de btise ! s'cria Brandolaccio. Ne vous brouillez pas avec le Cur, Orlanduccio. 
:- Votre pre est un vieillard que j'craserais d'un soufflet : c'est  vous que j'en destine,  vous et  votre frre. 
:- Permettez-moi de vous dire, monsieur, qu'en matire d'honneur je ne reconnais d'autre autorit que celle de ma conscience. 
:Pendant que Colomba surveillait les apprts du djeuner, Orso monta dans sa chambre et crivit le billet suivant : 
:- Elle n'a donc pas reu ma seconde lettre ? s'cria Orso. 
:- Je lui disais que nous tions en tat de sige. Ce n'est pas, ce me semble, une situation  recevoir du monde. 
:- C'est inutile. Il faut envoyer quelqu'un pour les prvenir et les arrter avant qu'ils se mettent en route. 
:Orso se hta de donner son assentiment  ce projet, et Colomba, aprs quelques moments de silence : 
:Tout cela tait dit avec le mme sang-froid qu'elle mettait l'instant d'auparavant  parler des prparatifs du bruccio. 
:Orso, stupfait, regardait sa soeur avec une admiration mle de crainte. 
:- J'aime  voir, mon frre, dit Colomba, que vous devenez prudent, comme on doit l'tre dans votre position. 
:- Les lches coquins ! s'cria-t-il, se venger sur une pauvre bte, lorsqu'ils n'osent me rencontrer en face ! 
:Les deux bergers s'entre-regardrent interdits. Orso donna des perons  son cheval et disparut au galop. 
:- Oui, Ors' Anton', j'tais couche dans la fougre quand il a pass. Il regardait de tous les cts avec sa lunette. 
:-  moi, Brando ! s'cria Orso ds qu'il le crut  porte de la voix. 
:- Voil, dit-il, ce que j'appelle un homme proprement accommod. 
:Orso ne rpondait pas. Il tait ple comme un mort et tremblait de tous ses membres. 
:- Mademoiselle en aura bien de la joie, dit Chilina, et elle sera bien fche de vous savoir bless, Ors' Anton'. 
:Orso donna des perons  son cheval ; pour rien au monde il n'et voulu voir les malheureux  qui il venait de donner la mort. 
:- Peut-tre que votre frre aura pris par le haut, dit le guide, nous, nous sommes venus par le bas. 
:- Mon frre est mort ! s'cria-t-elle d'une voix dchirante. 
:- Oui, vous resterez avec moi, ma chre amie, s'cria Colomba en embrassant miss Nevil, et vous nous aiderez. 
:- Avez-vous de ses nouvelles, ma chre amie ? dit miss Nevil en se levant sur son sant. 
:Elle aperut le portrait d'Orso, et se hta de jeter un mouchoir pour le cacher. 
:Miss Nevil lut la lettre, qui tait crite en anglais, sans doute par surcrot de prcaution. Voici ce qu'elle contenait : 
:- Chre miss Nevil, dit Colomba, ne puis-je savoir ce que vous dit mon frre ? Vous parle-t-il de son tat ? 
:- C'est impossible, s'cria le colonel ; Orso della Rebbia est un garon plein d'honneur ; je rponds de lui. 
:- En vrit ? Voil qui est important. Et vous, colonel, vous avez sans doute fait la mme remarque ? 
:Le colonel n'avait pas trs bonne mmoire ; mais en toute occasion il n'avait garde de contredire sa fille. 
:Reste seule avec miss Lydia, elle se plaignit d'un grand mal de tte, et lui proposa une promenade  quelques pas du village. 
:- Savez-vous, ma chre Colomba. dit-elle, que je crains que nous ne soyons gares ? 
:- Ma chre amie, dit Colomba d'un air agit, vous avez raison ; mais  deux cents pas d'ici... dans ce maquis... 
:- N'avanons pas davantage avant de les avoir prvenus ; nous pourrions peut-tre attraper un coup de fusil. 
:- Si je l'aime, Colomba !... Mais elle... elle me mprise peut-tre  prsent ! 
:La main voulait toujours s'chapper, mais Colomba l'attirait toujours plus prs d'Orso. 
:- Orso, s'cria-t-elle, prenez garde de dire du mal de miss Lydia, car elle entend trs bien le corse. 
:Aussitt elle se leva, et posant sans crmonie la tte d'Orso sur les genoux de miss Nevil, elle courut auprs des bandits. 
:Miss Lydia dtourna la tte, comme si l'obscurit ne suffisait pas pour cacher sa rougeur : 
:- Vous vous tes fait mal, mon ami ? s'cria-t-elle en le soulevant ; c'est ma faute ! pardonnez-moi... 
:- Trs volontiers, rpondit-elle ; mais j'ai une amie ici, et il faut que nous la trouvions d'abord. 
:- On pensera que vous vous tes gare dans le maquis, voil tout. 
:- Que dira le prfet  ?... que dira mon pre surtout  ? 
:- N'est-ce pas, murmura Colomba dans son oreille, que mon frre mrite qu'on l'aime ? Ne l'aimez-vous pas un peu ? 
:- Lydia, lui dit-il en anglais, vous tes donc engage avec della Rebbia ? 
:- Oui, mon pre, depuis aujourd'hui, rpondit-elle en rougissant, mais d'une voix ferme. 
:- Nous disons, rpondit le colonel, que nous vous mnerons faire un voyage en Irlande. 
:- Vous tes bien press, dit Brandolaccio ; vous tes acquitt d'hier et vous partez demain ? 
:Le chien demeura immobile, se lchant le museau et regardant son matre. 
