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:Jeanne rpondit : " Entre, papa. " Et son pre parut. 
:Elle tait demeure jusqu' douze ans dans la maison, puis, malgr les pleurs de la mre, elle fut mise au Sacr-Coeur. 
:Elle courut  son pre et l'embrassa, en l'treignant : " Eh bien, partons-nous ? " dit-elle. 
:Il sourit, secoua ses cheveux dj blancs, et qu'il portait assez longs, et, tendant la main vers la fentre : 
:Mais elle le priait, cline et tendre : " Oh ! papa, partons, je t'en supplie. Il fera beau dans l'aprs-midi. 
:-- Si tu parviens  dcider ta mre, je veux bien, moi. " 
:Le dluge ne s'apaisait point ; on et dit mme qu'il redoublait quand la calche s'avana devant la porte. 
:Et sous la pluie acharne les croupes luisantes des deux btes exhalaient une bue d'eau bouillante. 
:Quand elle l'eut bien admir, Jeanne, levant sa lumire, examina les tapisseries pour en comprendre le sujet. 
:Le cadran tait en faence peinte et encadr dans le flanc de la ruche. 
:Des reflets rejaillissaient aux murs, des reflets ples caressant faiblement les amours immobiles de Pyrame et de Thysb. 
:Comment serait-il ? Elle ne le savait pas au juste et ne se le demandait mme pas. Il serait lui, voil tout. 
:Ils entrrent dans les bois en pente qui s'abaissent jusqu' la mer en suivant une valle tournante. 
:Mais, brusquement, en tournant un mur, elle aperut la mer, d'un bleu opaque et lisse, s'tendant  perte de vue. 
:Elle rentrait au chteau, ple de faim, mais lgre, alerte, du sourire  la lvre et du bonheur plein les yeux. 
:Le cur ajouta : " C'est un bien charmant garon ; et si rang, si paisible. Mais il ne s'amuse gure dans le pays. " 
:Puis, soudain, regardant le ciel o voyageait l'astre clair, il pronona : " On ne se lasse jamais de ce spectacle-l. " 
:Le dimanche suivant, la baronne et Jeanne allrent  la messe, pousses par un dlicat sentiment de dfrence pour leur cur. 
:Quelques parvenus qui frayaient entre eux avaient achet des domaines par-ci, par-l. Le vicomte ne les connaissait point. 
:On l'invita  dner la semaine suivante. Il vint alors rgulirement. 
:" En tes-vous, vicomte ? Nous irions djeuner l-bas. " 
:Ayant aperu un petit bois, plus loin,  droite, ils y allrent. 
:Le monde ! elle aurait bien voulu le connatre ; mais elle tait convaincue d'avance qu'il ne valait pas la campagne. 
:Il ne reparut qu' cinq heures du soir, aprs une longue promenade sur les ctes. 
:Elle rflchit : " C'est vrai..., j'aime  me promener seule cependant... ; comme on est bien quand on rve toute seule... " 
:Il s'inclina, en souriant : " Eh bien, ma commre, tes-vous prte ? " 
:Mais elle ne rpondit point, pensant : " Comme je le rpterai souvent, ce nom-l ! " 
:Vers six heures, comme elle tait assise avec petite mre sous le platane, le vicomte parut. 
:On n'en disait jamais plus ; et " ce coup de tte " restait comme envelopp de brouillard. 
:Ds le lendemain de sa venue on ne remarqua plus qu'elle tait l. 
:Jeanne tout  coup aperut dans le cadre de la fentre la silhouette de la vieille fille que dessinait la clart de la lampe. 
:Le vicomte releva la tte, et, de cette voix indiffrente qui parle sans pense : 
:Et ils continurent  rver,  marcher lentement,  s'aimer. 
:Mais la rose couvrait l'herbe, ils eurent un petit frisson de fracheur. 
:Ils n'changrent plus un mot jusqu' la maison. Le reste de l'aprs-midi sembla long. 
:On se leva et on passa dans le salon. Puis on alla se mler un peu au populaire en goguette. Puis les invits se retirrent. 
:Elle lui en voulut de ce mot ; mais soumise et rsigne, elle rpta pour la deuxime fois : " Je suis  vous, mon ami. " 
:Julien, debout prs de sa femme, la tenait par la taille, et tous deux regardaient au loin pour dcouvrir le point indiqu. 
:Ses sens dormaient encore, et son mari la traitait maintenant comme si elle et partag ses ardeurs. 
:Puis ils rentrrent dner, et la petite Corse les traita comme si elle les et connus depuis vingt ans. 
:Ils gagnrent Livourne, visitrent Florence, Gnes, toute la Corniche. 
:Enfin elle pronona en hsitant : " Mais... je... t'avais remis cet argent pour... " 
:Le dner fut long ; on ne parla gure. Julien semblait avoir oubli sa femme. 
:Certes, elle n'avait pas t aussi mue en embrassant pre et mre. Le coeur a des mystres qu'aucun raisonnement ne pntre. 
:Si Julien tait demeur beau, soign, lgant, sduisant, peut-tre et-elle beaucoup souffert ? 
:Mais Julien, la face ple, demanda : " Qu'est-ce que vous avez  rire comme a ? il faut que vous soyez fous ! " 
:Et le lendemain, pre et petite mre tant partis, Jeanne et Julien restrent seuls. 
:Jeanne brusquement comprit, et, la tte gare, courut  l'escalier criant : " Julien, Julien ! " 
:Tous les jours elle y retourna, et tous les jours Rosalie clatait en sanglots en apercevant sa matresse. 
:Quinze jours aprs, l'accouche pouvait dj se lever et reprendre son service. 
: la lueur du feu agonisant, elle aperut,  ct de la tte de son mari, la tte de Rosalie sur l'oreiller. 
:Mais une voix criait au loin : " C'est ici, voil ses pas ; vite, vite, par ici ! " C'tait Julien qui la cherchait. 
:Elle n'avait point la notion du temps. Cela dut tre long, trs long. 
:Et Rosalie, cartant ses mains cette fois, saisie aussi d'une fivre de parler, d'un besoin de rpondre : 
:Jeanne, accable, sentit  son tour ses yeux ruisselants ; et les gouttes sans bruit coulrent sur ses joues. 
:" Quand nous sommes revenus de... l-bas... du voyage... quand est-ce qu'il a recommenc ? " 
:Alors la malade anantie s'assoupit pendant que le prtre et petite mre causaient doucement  voix basse. 
:Et le dner fut presque joyeux, comme si un bonheur cach tait entr dans la maison. 
:La cuisinire Ludivine et tante Lison restaient discrtement caches contre la porte du vestibule. 
:Dans les premiers jours de septembre, tante Lison repartit sans bruit ; et son absence demeura aussi inaperue que sa prsence. 
:Il voulut accompagner le prtre qui prenait cong et ils disparurent ensemble, allant vers l'glise qui sonnait l'anglus. 
:Ds qu'il eut disparu, le baron s'cria, outr de surprise et frmissant : " Oh ! c'est trop fort, c'est trop fort ! " 
:Elle rptait : " Pre, pre, as-tu entendu comme il prononait : vingt mille francs ? " 
:Il avait t sa casquette en les apercevant, et il s'avanait en saluant, avec des mines embarrasses. 
:Le paysan s'obstinait : " En attendant, j'pourrions ben en faire un bout tout d'mme, a nuit toujours pas. " 
:Et tous deux partirent derrire leurs amis enfoncs maintenant dans une ondulation de plaine. 
:Jeanne, ce jour-l, comprit que le comte aimait perdument. 
:Le printemps fut singulirement prcoce et chaud. 
:Quand elle eut atteint les deux btes patientes, comme accoutumes  ces longues stations, elle appela. On ne lui rpondit pas. 
:Sitt rentre, elle se jeta sur son fils, l'emporta dans sa chambre et l'embrassa perdument, pendant une heure sans s'arrter. 
:Ils annoncrent leur retour pour le 20 mai. On tait alors au 7 de ce mois. 
:Et Julien riait, rptant : " Ils nous font manger du pain d'amour ces farceurs-l. C'est un vrai conte de La Fontaine. " 
:Elle sentit comme une goutte d'eau froide qui lui descendait le long du dos ; et elle repartit  grands pas, la tte gare. 
:Ils restaient tous trois, loigns l'un de l'autre, sans un mouvement, sur leurs siges. 
:Elle revint auprs du lit, prit une des mains inertes et froides et se mit  considrer sa mre. 
:Puis elle revint auprs du lit et s'assit en reprenant dans sa main la main de petite mre, comme si elle l'et veille malade. 
:Rappele  Dieu ? ou parpille au hasard des crations nouvelles, mle aux germes prs d'clore ? 
:Alors Jeanne, brusquement, fut effleure d'un doute qui devint tout de suite une certitude. Sa mre l'avait eu pour amant. 
:Quand le comte de Fourville revint chercher sa femme, il pleurait lui-mme comme s'il avait perdu sa propre mre. 
:Et la grande maison, qui voyait ainsi de temps en temps disparatre un de ses matres, reprit sa vie calme et rgulire. 
:Ils y allrent  pas lents. Elle cherchait comment s'exprimer, comment dbuter. Ils s'assirent. 
:Huit jours se passrent. Elle vivait dans une angoisse d'inquitude. 
:Elle s'tonna, observa, et s'aperut bientt que toutes ses treintes s'arrtaient avant qu'elle pt tre fconde. 
:Mais il se fcha comme si elle l'et bless : " a vraiment, tu perds la tte. Fais-moi grce de tes btises, je te prie. " 
:Ce qu'avait prvu le prtre se ralisa compltement. Elle tait grosse. 
:Et les deux prtres prirent cong. Le vieux embrassa Jeanne, qui faillit pleurer. 
:L'abb cria : " Voulez-vous bien finir, manants que vous tes ! " 
:Et le gars, s'tant retourn, lui rpondit : " Mlez-vous d'vos affaires, m'sieu l'cur, celles-l n'vous r'gardent pas. " 
:Tous les garons du pays cessrent d'aller aux offices. 
:Il pronona d'une voix brve : " Ouvrez les yeux de M. de Fourville. C'est  lui qu'il appartient de rompre cette liaison. " 
:Julien crivit  l'archevque une lettre respectueuse mais nergique. L'abb Tolbiac fut menac d'une disgrce. Il se tut. 
:Lorsqu'il fut en haut de la descente, il lcha la lgre demeure qui se mit  rouler sur la cte incline. 
:Alors commena une srie d'annes monotones et douces. 
:Quand il eut douze ans, une grosse difficult surgit ; celle de la premire communion. 
:Le principal, dsol, les conduisit chez le commissaire de police. Les deux parents couchrent  l'htel. 
:Jeanne, sautant de la complte dsesprance  une sorte d'enivrement d'espoir, dfendait Paul : 
:" Je t'embrasse du fond du coeur, ma chre maman ; c'est peut-tre pour toujours. Adieu. 
:Rosalie rpondit : " Pardi, est-ce que j'allais vous laisser comme a, toute seule, maintenant ! " 
:Et Rosalie, d'un ton brusque : " Pour sr, madame, que j'ai pris mes dispositions pour a. " 
:C'tait le fils de sa bonne, le fils de Julien, le frre de Paul. 
:Il lui sembla que son coeur s'arrtait ; et pourtant elle aurait voulu embrasser ce garon. 
:Le jeune homme enfin reparut portant en ses bras la grosse bte informe et pele qu'il dposa entre les jupes des deux femmes. 
:Jeanne, aussitt arrive, voulait se reposer, mais Rosalie ne le lui permit pas, craignant qu'elle ne se remt  rvasser. 
:Puis la charrette au bout d'une heure apparut  la barrire et il fallut la dcharger sous la pluie. 
:Rosalie consentit cependant  ce que ce reliquat ft envoy au jeune homme. 
:La passion du jeune homme devait tre use  prsent. 
:" Oh ! reviens, mon petit Poulet, reviens m'embrasser, reviens auprs de ta vieille mre qui te tend des bras dsesprs. 
:" J'attends ta rponse avec impatience, ma chre maman, et nous t'embrassons de tout coeur. 
:La bonne eut un sursaut : " Oh ! madame, vous ne permettrez pas a. M. Paul ne va pas ramasser cette trane. " 
:C'tait cette femme assurment qui empchait Paul de rpondre ! 
:Alors,  mesure qu'approchait le jour, la pense de Paul l'envahit ; et elle s'habilla ds que le crpuscule parut. 
:-- Oh ! rien du tout, ils se sont sauvs pour ne pas payer, voil. 
:Elle franchit une vote et se trouva dans un autre jardin entour d'arcades. Elle reconnut alors le Palais-Royal. 
: la fin elle ne pouvait plus, mlait tout, modelait d'autres mots, s'nervant jusqu' la folie. 
:Jeanne la reut machinalement et elles sortirent de la gare, puis montrent dans la voiture. 
:Rosalie reprit : " M. Paul viendra ds l'enterrement fini. Demain  la mme heure, faut croire. " 
