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:Carl avait hrit, de son pre, d'une ferme avec ses troupeaux, son btail et ses rcoltes ; les granges les tables et les bchers regorgeaient de richesses et pourtant, chose trange dire, Carl ne paraissait rien voir de tout cela ; son seul dsir tait d'amasser davantage, et il travaillait nuit et jour, comme s'il et t le plus pauvre paysan du village.  Il tait connu pour tre le moins gnreux de tous les fermiers de la contre, et aucun individu, pouvant gagner sa vie ailleurs, n'aurait t travailler chez lui.  Son personnel changeait continuellement, parce que ses domestiques, qu'il laissait souffrir de la faim, se dcourageaient promptement et le quittaient.  Ceci l'inquitait fort peu, car il avait une bonne et aimable soeur.  Amil tait une excellente mnagre, et s'occupait sans cesse du bien-tre de Carl ; quoiqu'elle s'effort, de son ct, de compenser la parcimonie de son frre par sa gnrosit, elle ne pouvait pas grand'chose, car il y regardait de trop prs.
:coutez-moi donc, mon bon Carl.  Venez me trouver demain au soir, avant le coucher du soleil, et je vous ferai voir un trsor dont l'excessive abondance dpasse toute imagination humaine. Dbarrassez-vous de votre mesquine ferme ; le niais qui aime votre soeur serait une excellente victime, car il a des amis qui l'aideraient  se tirer d'affaire, et  vous en dfaire.  Le prix qu'il pourrait vous en donner serait de peu d'importance pour vous, et, lorsque je vous aurai fait connatre le trsor dont je vous parle, vous en viendrez  ddaigner les sommes minimes que vous ralisez par les moyens ordinaires.  Bonne nuit, faites de jolis rves !
:Le jour suivant, tout le monde crut que Carl tait devenu fou ; seulement, son naturel intress prenant le dessus, il ne cda pas la moindre pice de monnaie du prix convenu avec Wilhelm, qui tait, du reste, trop content de pouvoir entrer en arrangement avec lui ; pourtant l'excs de sa surprise le faisait douter de la ralit de la transaction.  Enfin tout fut prt, et le jour fix pour la noce d'Amil, car Wilhelm l'avait prise, comme de juste, par-dessus le march, bon ou mauvais, qu'il avait conclu pour la ferme.  Carl n'eut pas la patience d'attendre ce jour-l, et, aprs avoir embrass sa soeur, il la laissa entre les mains de quelques parents et partit.  Il trouva le gnome assis sur une barrire comme aurait pu le faire l'homme le plus ordinaire.
:Les vagues mugissantes emportrent en un instant le gnome railleur hors de vue, et Carl resta seul  lutter contre les flots.  Il nagea donc jusqu' ce qu'il arrivt en vue du rivage ; alors, par bonheur, il aperut quelques dbris de bois pourri qui flottaient sur la mer, et semblaient avoir appartenu  une vieille digue ; il s'y attacha d'une treinte dsespre, et se mit  pousser de grands cris, esprant voir arriver, du rivage, son secours.  Les cris de Carl  demi submerg finirent par attirer l'attention des enfants d'un pcheur qui jouaient sur la berge ; insoucieux du danger, ils poussrent une barque dans l'eau, et se dirigrent vers l'homme qui semblait prs de se noyer.  Aprs bien des efforts infructueux, ces courageux enfants parvinrent  tirer Carl dans leur bateau.
:Dguenill et les pieds blesss, Carl se mit en route avec son jeune et agile petit guide, qui le soutenait avec la plus vive sollicitude dans les passages difficiles et dans les rudes sentiers de la montagne ; Carl se sentait honteux et rougissait en voyant ce simple enfant, sans souci de lui-mme, mettre un si grand espace entre soi et son village, pour obliger un tranger pauvre et souffrant, lui gazouiller ses petites chansons montagnardes pour gayer la longueur du chemin afin qu'il ne sentt ni la fatigue ni les douleurs ; et, lorsqu'ils arrivaient quelque endroit bien tranquille, s'asseyant  l'ombre  ses cts, le jeune paysan talait le contenu de son bissac, et partageait gaiement ses provisions avec le voyageur.
:La nuit le surprit dans une lande inculte et dsole, et, pour complter sa misre, la neige se mit  tomber en gros flocons qui l'aveuglaient.  Il boutonna troitement sa redingote en lambeaux, et lutta contre la bourrasque glace, qui tourbillonnait autour de lui avec une sorte de violence vengeresse.  A la fin, la neige glace s'amoncela sur ses pieds transis, il avana plus lentement, et sa marche devint de plus en plus pnible. L'ouragan redoublant d'imptuosit, il commena  chanceler ; il s'arrta un instant comme ananti par le vent furieux, puis il s'affaissa et fut bientt  demi enseveli sous une couche de neige.
